· Histoire d'un style

Le style Memphis allie couleurs franches, motifs abondants et formes géométriques de toutes sortes : cercles, carrés, cylindres, points…

Dans les années 1970, un mouvement anti-conventionnel apparait, partant du bureau d’études Alchimia et initié par Alessandro Mendidi avec la création de pièces uniques ou limitée. Volontairement tenu hors des circuits de production de masse pour s’affranchir des contraintes de l’industrialisation, ce mouvement annonce les prémices d’un courant plus radical : le mouvement Memphis qui prône un design énergique et coloré où les formes géométriques se superposent.

Le groupe Memphis est un mouvement italien des années 80 qui dont le nom voit le jour au Salon du meuble de Milan, le 19 octobre 1981.

« Memphis », tiré d’une chanson de Bob Dylan « Stuck Inside of Mobile With the Memphis Blues Again » évoque le rock’n’roll, Elvis Presley mais aussi l’Égypte Antique. Un mélange détonnant empreint d’humour qui bouscule les codes, mélange les styles, les couleurs et les matériaux.

Il ne s’agit pas d’une école académique, mais plutôt d’une mode instiguée par un collectif de jeunes designers anti-conventionnels. Porté par Ettore Sottsass, le collectif Memphis regroupe des personnalités jeunes et de nationalités différentes créant ainsi un métissage artistique et culturel (Arata Isozaki, Michele De Lucchi, Mattea Thun, Marco Zanini, Aldo Cibic, Andrea Branzi, Shiro Kuramata, Michael Graves, Javier Mariscal, Barbara Radice, Martine Bedin, George J. Sowden, Masanori Umeda, Terry Jones, Peter Shire, Bruno Gregori, Alessandro Mendidi, Paola Navone, Matteo Thun, Gérard Taylor, Christoph Radl et Nathalie du Pasquier).

Paravent « Carlton », Ettore Sottsass, 1981 (Photo : Met Museum)

Insolent et provocateur, le groupe Memphis prend des airs de contre-culture en ébranlant

les certitudes du fonctionnalisme. Ce design intellectuel est le support d’une réflexion, la projection d’idées. Ici, la forme est guidée par l’idée, et non la fonction sociale (comme dans le fonctionnalisme) :

« Faire du design, ce n’est pas donner forme à un produit plus ou moins stupide pour une industrie plus ou moins luxueuse. Pour moi le design est une façon de débattre de la vie. »

Le mouvement Memphis nargue le bon goût avec ses couleurs électriques et prône l’utilisation de matériaux pauvres comme la tôle, le contreplaqué, l’aluminium ou le plexiglass, s’opposant aux enseignements du Bauhaus ou de Le Corbusier.

Le design selon Memphis se veut totalement libre :

« Le fait est que nous n’avons plus peur, je veux parler de cette peur d’avoir ou de ne pas avoir à représenter quelque chose ou quelqu’un, élites ou pauvres diables, traditions ou mensonges. Nous n’avons plus cette peur que le passé nous a transmise, ni même cette peur encore plus violente que le futur nous renvoie »¹

Totem, Ettore Sottsas (Source : Vitra Design Museum Gallery)

Libéré d’un carcan de pensé et affranchit des contraintes de l’industrialisation, le collectif crée des pièces uniques et en édition limitée.

Cependant, afin de promouvoir le mouvement et la diffusion des pièces à l’international, la production doit répondre à des questions fonctionnelles et techniques liées aux contraintes du marché. Ettore Sottsass crée donc une entité spécifique pour ces productions : la société Sottsass Associati. Il collabore avec des entrepreneurs italiens pour la production de meubles, luminaires, verreries argenteries, textiles, tapis… Le mouvement, représenté par les membres multi-nationaux du collectif, rayonne à l’international dans les années 80 puis se dissout en 1988.

¹ Ettore Sotsass cité dans Memphis, The new International Style, Barbara Radice, Electa, Milan 1981

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