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Marcel Duchamp : Éloge de l'anti (bon) goût

· Portrait d'artiste

Marcel Duchamp (1887-1968) aurait fêté ses 130 ans aujourd'hui. Figure emblématique du dadaisme, son apport a été fondamental. Son travail constitue un point d'ancrage pour l'art contemporain. Retour sur un artiste pas comme les autres.

Les ready-made

On ne peut pas penser à Marcel Duchamp sans penser à ses ready made, dont il est l'inventeur. Mais qu'est ce qu'un ready-made ? Un objet du quotidien choisi pour sa neutralité esthétique et présenté comme une oeuvre d'art. C'est peut être André Breton, ami de l'artiste, qui le définit le mieux : "Un ready made est un objet manufacturé promu à la dignité d'objet d'art par le seul choix de l'artiste".

"Il est un point que je veux établir très clairement, c'est que le choix de ces ready-mades ne me fut jamais dicté par quelque délectation esthétique. Ce choix était fondé sur une réaction d'indifférence visuelle, assortie au même moment à une absence totale de bon ou de mauvais goût… en fait une anesthésie complète."*

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La Fontaine, Marcel Duchamp, 1917 (Photo : centre Pompidou)

-Le grand ennemi de l'art, c'est le bon goût

Le ready made se débarrasse de l'idée du beau ou du laid. Les objets sont sélectionnés pour leur neutralité esthétique. Ce n'est pas la question visuelle du ready-made qui compte. Pour l'artiste, "le grand ennemi de l'art, c'est le bon goût". Ou, plus généralement, le goût. Chez Marcel Duchamp, le goût, c'est à dire le jugement de valeur esthétique que l'on porte sur une oeuvre, occulte une question plus importante (et peut être la seule vraie question) : le choix de la destination de l'objet.

-Je me suis forcé à me contredire pour éviter de me conformer à mon propre goût

On voit bien là les bases de réflexion d'un art conceptuel. Si l'expression n'est pas utilisée à l'époque, c'est bien de ça qu'il s'agit. Avec les ready-made l'art n'est pas visuel mais intellectuel. Il n'appelle pas à la contemplation mais à la réflexion sur le changement de destination.

Cette recherche de neutralité esthétique justifie le choix de ne faire qu'un nombre limité de ready-made. "Si on en fait 50 par jour (...) les 50 commencerons à vous plaire ou à vous déplaire donc le résultat n'est pas ce que je cherchais".

Biographie

Marcel Duchamp grandit dans une famille bourgeoise, initié à l'art par ses grands frères (quatre enfants sur les six sont des artistes reconnus : les peintres Jacques Villon (1875-1963) et Suzanne Duchamp (1889-1963), le sculpteur Raymond Duchamp-Villon (1876-1918) et Marcel Duchamp).

Avec ses frères, il fréquente l'avant-garde parisienne et peint des toiles d'inspiration cubiste dont Nu descendant l'escalier (1912), Les joueurs d'échecs (1911) ou encore Jeune homme triste dans un train (1911).

En 1915 l'artiste vit entre Paris et new-York et fait la promotion sur la scène américaine des artistes français de l'avant-garde comme le sculpteur Brancusi.

En 1913, Marcel Duchamp créé ce qui sera considéré comme son premier ready-made : la roue de bicyclette. Cette oeuvre ne peut, selon la définition stricte, pas être considéré comme un ready-made en tant que tel en raison du travail d'assemblage de la roue et du tabouret. L'objet n'était pas "already made".

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Catalogue de l’exposition Le Surréalisme, 1947. Source : ArtInside

En 1917, Marcel Duchamp réalise La Fontaine, son oeuvre la plus célèbre. Il la soumet au Salon des artistes indépendants mais l'oeuvre est refusée. Elle possède pourtant tous les attribues objectifs d'une oeuvre d'art : un artiste et un titre. Mais cette oeuvre soulève la question fondamentale des ready-made, et un des plus grands débats sur l'art : le créateur est-il celui qui a réalisé l'objet ou qui en a choisi sa destination ? L'idée prévaut-elle sur la réalisation ? Pour la Marcel Duchamp, la question ne fait aucun doute.

L'original a été perdu et une réplique a été faite en 1964 par la Galerie Schwarz.

Avec ses ready-made Marcel Duchamp ouvre la voie aux mouvement d'avant-garde les plus radicaux et devient une figure du dadaisme.

Dans les années 1930, il entame une série de Rotoreliefs. Il s'agit de disque en carton sur lesquels sont imprimés des spirales qui, une fois placés sur un tourne-disque produisent un effet optique. Ces multiples sont présentés au concours Lépine en 1935.

Dans les années 1940 Marcel Duchamp se rapproche des surréalistes et organise de nombreux événements avec André Breton, dont l'exposition Le Surréalisme, en 1947, dont il conçoit la couverture du catalogue.

* Marcel Duchamp, Discours au Musée d'Art Moderne de New York, 1961, dans le cadre de l'exposition Art of assemblage
Reproduit dans Duchamp du signe, pp. 191-192, Flammarion, 1994 © Succession Marcel Duchamp, Adagp, Paris 2007

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